La mer était calme ce matin. Une brise douce et fraîche lui balayait le visage. Le bleu de ce lagon si transparent l’émerveillait chaque jour.
À l’autre bout du monde, il se sentait presque chez lui. Des jours qu’il avait echoué sur cet îlot du pacifique, une avarie. Ses journées se résumaient à la pêche, la cueillette, et la réflexion. Rien ne le reliait à chez lui, si ce n’est ce petit objet en acier au manche en olivier. L’arbre de son enfance qu’il avait dû troquer contre un palmier.
Il le regardait souvent, ce couteau. Un opinel offert par son oncle pour ses 12ans. Un cadeau précieux dont il ne se séparait jamais et qui le passionnait. Il aimait à refaire l’histoire de ce couteau. Lui inventait mille vies. Des usines d’Albiez le Vieux en Savoie à cette île perdue où il gravait de bâtons barrés les jours qui le liait à cette île.
Des images se bousculaient dans sa tête. Du premier modèle en 1890 à son exposition au musée de New York, il aimait à se rappeler qu’il tenait en main le seul objet qui le liait à sa terre natale.
Il l’observait attentivement afin d’en saisir les moindres détails. Cette main surmontée d’une couronne le hantait. La seule image qui ne naissait pas de son imagination. Il se rappelait souvent que cet opinel avait été inventé par un amateur de photographie. Comme lui. Il maudissait cette tempête de lui avoir volé ses bouts de vies instantanées qu’il avait accumulées durant ce tour du monde qui n’avait pas eu l’issue espérée.
Il bénissait chaque jour ce couteau d’être resté coincé dans sa poche durant la tempête. Il lui parlait souvent.Se disait qu’il devait être fou pour tenter de communiquer avec un couteau en espérant une réponse de sa part. Mais peu lui importait. Cette présence matérielle le rassurait et c’était l’essentiel.
Pour l’heure il devait penser à se nourrir…Une histoire de plus à inventer pour renforcer les liens qui s’instauraient entre lui et son Opinel.
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